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Ouverture sociale

Interview Nathalie Ianetta: “Demain, vous dirigerez la France, c’est le sens de l’histoire.”

28th mai 2016

Fin avril, Nathalie Ianetta, conseillère à la jeunesse et au sport du Président de la République invitait une vingtaine de Different Leaders à l’Elysée. Parcours, persévérance scolaire, codes de l’entreprise, réussite, image des joueurs, euro 2016… l’ancienne journaliste de Canal+ qui revendique avec fierté sa double culture, s’est prêtée au jeu des questions réponses des DL sans artifice ni langue de bois et un dynamisme communicatif. Retour sur cette rencontre au sommet.

 

Arrivée à 17h devant le 25 avenue Marigny, paris 8è.

“C’est l’Elysée ici ?” Devant cette entrée discrète de l’avenue, 20 jeunes de la communauté de Passeport Avenir sont impatients de découvrir ce lieu emblématique ou va se dérouler une rencontre inspirante au sommet. Après le passage de la sécurité, nous sommes dirigés vers une salle imposante tant par ses dorures, moulures, lustres et autres antiquités que par la taille de sa table qui nous renvoie aux images des réunions de travail du gouvernement.

 

Chaleureuse, naturelle, et pleine de dynamisme, l’entrée de Nathalie Ianetta contraste avec le poids et l’immobilisme des lieux. On ne peut s’empêcher de penser qu’elle doit détoner dans ce paysage un peu austère et conservateur (voire masculin) du Palais.

 

Fille d’immigrés italiens de la première génération par sa mère – et de la seconde par son père, Nathalie Ianetta est née dans le Val de Marne. Région qu’elle n’a toujours pas quittée puisqu’elle continue de vivre à 40 mètres de là ou elle a grandi avec ses enfants et son mari. Dans son éducation, on lui inculque que “l’école c’est le salut c’est à dire l’ascenseur social”.

Bonne élève, je me suis dit que j’allais essayer de réaliser le rêve de mes parents et devenir professeur d’histoire ou de philosophie mais le destin en a décidé autrement. J’ai eu la chance d’avoir une professeur de philosophie absolument prodigieuse qui au bout de quelques semaines en terminale est venue me demander ce que je souhaitais faire par la suite et me suggérer de me lancer dans une hypokhagne”. Chose dont elle n’avait jamais entendu parler jusqu’alors. “J’ai cru que c’était une maladie. Je n’avais jamais entendu ce mot”. C’est là qu’elle prend conscience et qu’elle mesure le poids des inégalités notamment celles liées aux territoires “car ce n’est même pas que l’on se dit que je ne peux pas faire, c’est que je ne sais même pas que cela existe et quand je sais, je ne connais pas le chemin pour y accéder. Et si cette prof’ n’était pas venue me voir et m’encourager, je n’y serais pas allée.

 

j’ai eu soudain l’impression de ne pas être à ma place

La classe prépa s’avère être un détonateur.  “Quand j’ai débarqué de mon lycée de banlieue à Victor-Duruy pour faire khâgne, j’ai eu soudain l’impression de ne pas être à ma place. Dans mon ancien bahut, les parents des autres élèves faisaient tous à peu près le même métier. Avoir un père garagiste et une mère comptable, c’était normal. Sauf que là, ils sont fils d’ambassadeurs, de ministres.” Paradoxalement, ce sentiment de ne pas être à sa place qui ne l’a jamais quittée même dans sa vie professionnelle, elle va en faire sa force. “Cela aurait pu être un frein, j’aurais pu perdre confiance en moi mais au contraire j’en ai fait une force. C’est un moteur pour avancer. Car on ne vous l’a pas donné, vous vous êtes fait cette place”. Pendant longtemps, elle pense que tout le monde peut y parvenir. Mais ce n’est que par l’intermédiaire de ses enfants qu’elle se rend compte que son exemple n’est pas légion et que malheureusement elle est “une anomalie du système”. “En fait j’ai échappé à un déterminisme social comme quelqu’un qui passe la frontière pendant que le douanier a le dos tourné”. Second détonateur.

Et malheureusement, les inégalités se sont creusées.  Elle défend avec ferveur la nécessité d’ouvrir les stages de 3ème à ces jeunes issus des quartiers défavorisés afin de combattre ce déterminisme social. “Je me bats depuis que je suis à l’Elysée pour faire comprendre que le stage de 3ème est une reproduction sociale absolue, totale et quasi définitive. Il faut impérativement que ces jeunes découvrent des métiers qui ne leur sont pas accessibles. Il faut qu’ils fassent des stages pour devenir médecin, journaliste, avocat, dans de grandes entreprises et à l’Elysée.”

 

Pour valider son master, elle réalise un stage à la rédaction de canal+, groupe qu’elle ne quittera pas avant son départ pour l’Elysée. J’ai eu de la chance tout au long de mon parcours”. Pour autant ce parcours au sein du groupe a été long, laborieux et sportif. A nouveau la question de légitimité et de faire sa place se pose. Dans ce milieu d’hommes, un poil misogyne, elle ne se décourage pas. Dix ans seront nécessaires pour s’imposer dans ce monde et devenir l’une des présentatrices incontournables du foot sur Canal+, “plus que dans n’importe quel autre domaine, il faut faire ses preuves”. Mais elle insiste prendre sa place sans pour autant se perdre ni oublier d’où elle vient.

 

Apprendre les codes mais s’en tenir à distance

Et puis début 2014, le président -qu’elle avait rencontré en 2002- l’appelle pour lui proposer de remplacer Thierry Rey. Offre qu’elle décline sans même attendre la fin de la proposition du président en arguant que “je ne souhaite pas prendre la place de quelqu’un et encore moins quelqu’un que j’apprécie depuis plus de 20 ans.”  Finalement en apprenant qu’elle ne prend pas la place de Thierry Rey mais qu’elle le remplace car il s’en va, elle répond favorablement. “C’est lorsque je me suis dans le bureau du Président de la République, François Hollande à l’Elysée que je réalise soudain ce qu’il m’arrive et que je revois mes grands parents, ma mère avec leurs valises vides, débarqués en France. Je me suis dit alors qu’ils n’avaient pas fait tout ça pour rien. Tous les sacrifices de ma mère étaient fait pour ça. Ils avaient un sens. C’était pour que moi sa fille, j’ai la chance un jour de travailler pour la France, ce pays qui les avait accueillis.”

 

Et c’est ainsi que l’aventure démarre et cela fait deux ans qu’elle travaille sur l’Euro 2016 et sur d’autres dossiers comme la jeunesse et l’engagement. “Tout le monde n’a pas la chance de bénéficier de Passeport Avenir, et pour tous ces jeunes des milieux populaires éloignés de ce système verrouillé. Il faut défoncer les portes car le système ne nous fera pas de place. Donc il faut que vous vous fassiez votre place quelque soit votre origine, formation… Demain, vous dirigerez la France. Une femme, une couleur, une origine, une culture…  Ce n’est pas la peine de résister, c’est le sens de l’histoire. Demain, l’un d’entre vous, de Passeport Avenir dirigera une grande entreprise française, dirigera une chaîne de télé, un journal, une grande fédération sportive et dirigera la France.”

 

Pour autant, elle alerte nos jeunes DL sur la nécessité d’apprendre les codes, les acquérir et en même temps s’en tenir à distance. Garder sa culture, sa personnalité, son identité.

Il faut regarder les gens, observer. Chaque secteur, métier possède son langage.  

“Dans l’état, il y a un langage et très sincèrement, il m’était incompréhensible au départ. Mais je n’ai pas eu peur de demander, de poser des questions. Sans honte. Ce langage est un moyen de se protéger, une manière d’être, de se comporter et donc d’exclure. C’est pour ça que je reviens toujours à l’intégration par la langue parce que c’est valable aussi dans l’entreprise, dans le métier que l’on va exercer. Il y a des langues, des vocabulaires, des codes que personne ne vous apprendra. Mais il faut les acquérir. Et donc ne pas avoir peur de demander. Le président m’a confié qu’il m’a fait venir car je ne pense pas comme les autres, que je ne me comporte pas comme les autres, et que je n’ai pas intégré les contraintes comme les autres. Je n’ai pas fait l’ENA. Le système de l’état je ne le connais pas. Donc j’emprunte des chemins qu’ils ne connaissent pas et qu’ils ne soupçonnent même pas. J’innove. Parfois, je perds mais parfois je gagne”.

 

Les Different Leaders sont rebooster et prêts à prendre leur place.

 

3 choses sur l’Euro 2016

Enjeu jeunesse: Mise en place d’un vaste programme de bénévolat avec près de 20 000 jeunes volontaires et 100 000 jeunes qui vont trouver un emploi grâce à l’euro sur les sites et dans les villes hôtes.

Enjeu sécurité: il y a des gros enjeux de surveillance car nous allons recevoir la visite de plus de 7 millions de visiteurs dans notre pays. Il y a aussi des enjeux de représentations. “Nous devons être la France. Pendant un an, nous avons été regardés avec admiration par le monde entier. Notre rôle est de poursuivre l’image de solidarité que nous avons donné après les attentats. Nous sommes la France et nous allons accueillir la France. Notre rôle est de montrer que la France est un beau pays, ouvert, riche de ses différences.”

Enjeu quartiers: Nous avons mis en place un programme tous prêts du 11 tricolore qui distribue des places aux associations des quartiers. L’état a acheté 20 000 places pour les offrir. Les jeunes des quartiers pourront gagner et assister au match s’ils se sont manifestés auprès des associations partenaires.

 

— Chut —

Ce qu’elle pense de l’affaire Benzema et du foot français

“Le politique n’a pas à se prononcer sur cette affaire. Nous sommes ministres de quelque chose. Nous ne sommes en aucun ministre de la Morale.

Ensuite sur l’exemplarité… En quoi un joueur de l’Equipe de France doit être plus exemplaire qu’un artiste, chanteur, acteur ou qu’un politique ? Au nom de quoi un sportif devrait il être plus exemplaire qu’un autre. Vous allez me répondre parce qu’il gagne beaucoup d’argent, parce qu’il porte les couleurs de la France. Mais Gérard Depardieu aussi.

Pour rétablir l’image des footballeurs, je milite pour recommencer la formation de zéro. Tout est dans la formation que l’on donne aux joueurs de foot. Pourquoi le joueur français s’exprime t-il différemment que le joueur allemand ou italien ? Eux ont les clés alors que les nôtres non. Il faut les leur donner de nouveau. Pendant longtemps nous avons eu la meilleure formation. Les autres pays s’en sont inspirés, sont venus pour en tirer des enseignements et nous, nous avons arrêté de l’améliorer et de l’administrer à nos joueurs. Faut remettre en place un système de formation comme il y a dix ans.”

 

Ce qu’elle compte faire après

“Je vais m’inventer une troisième vie. Soit je retourne dans le journalisme, soit dans le monde de l’entreprise ou pourquoi pas m’impliquer dans une association comme la votre par exemple.”

Ce qu’elle dit de notre Président

Il est égal, il ne se plaint jamais, il a une force en lui. Il a une résistance à tout qui n’ébranle jamais sa confiance.” Organisons un dej avec lui …
Ce qu’elle dit aux DL: La réussite, ce n’est pas l’argent. Est-ce que réussir, c’est avoir de l’argent vraiment ? Tant que l’on sera obsédé par l’argent…on ira nulle part. La réussite ne doit pas être résumée à l’argent. C’est à toi de donner le sens que tu veux à ta vie.