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Tour de France de l'Affirmation de Soi

“Il faut partager, même lorsque l’on pense n’avoir rien à donner”. Rencontre avec Thione Niang.

18th janvier 2016

Arrivé avec 20 dollars en poche il a une quinzaine d’années aux Etats-Unis, ce Sénégalais a intégré l’équipe de campagne de Barack Obama, avant de créer Give1Project, une fondation destinée à soutenir les leaders de demain. Son obsession : donner l’envie – et les moyens – d’agir à la jeunesse mondiale, et notamment africaine. Rencontre à l’occasion du lancement du tour de France de l’Affirmation de soi, à Rennes.

Installé avec son équipe à la table d’un restaurant sénégalais de Rennes, Thione Niang déguste son poulet mafé. « Ça rappelle le pays ». Un œil sur son smartphone, une consigne glissée en anglais à l’une de ses assistantes, Fatoumata ; l’homme d’affaires a à peine le temps de savourer son repas. Ce vendredi de janvier, il est venu à Rennes avant de repartir à Abu Dhabi. Objectif de cette escale bretonne : ouvrir le tour de France de l’Affirmation de soi lancé par Passeport Avenir. Et l’Affirmation de soi, ça commence, notez-le bien, par le look. Avant la conférence, Thione Niang troque son pull Ralph Lauren – trop casual – pour un costume gris à rayures blanches.

Thione Niang« L’apparence, c’est très important pour que les gens te prennent au sérieux, explique cet ancien conseiller de Barack Obama dans la voiture qui l’amène à la maison des associations rennaise. First Impression is everything. C’est toi qui décide ce que les gens vont penser de toi ».

« Je suis venu des Etats-Unis pour ces jeunes »

Plus que quelques minutes avant le début de sa prestation. Pas le temps de revenir sur son parcours, « tout est dans mon livre, lisez-le ». A 37 ans, Thione Niang a assez vécu pour écrire ses mémoires. Issu d’une famille polygame du port fluvial de Kaolack, au Sénégal, il débarque aux Etats-Unis avec 20 dollars en poche. Quinze ans plus tard, le voilà à la tête de Give1Project, une fondation présente dans 31 pays, qui repère, forme et accompagne les leaders de demain.

Avec le chanteur Akon, il dirige aussi Akon Lightening Africa, un projet destiné à développer l’énergie solaire en Afrique. Ce père de deux enfants a aussi été membre de l’équipe de campagne de Barack Obama en 2012. C’est lui, en tant que co-président de la campagne pour les moins de 40 ans, qui a eu l’honneur d’introduire l’homme qui dirige la première puissance mondiale lors du discours de lancement. En octobre dernier, le président l’a d’ailleurs nommé ambassadeur des minorités auprès du ministère de l’Energie américain.

S’il a visité 72 pays et dormi « seulement trois nuits » chez lui à Washington l’an passé, c’est parce que Thione Niang a une envie : transmettre son optimisme aux jeunes du monde entier. « Aujourd’hui, à Rennes, je sais qu’au moins un ou deux jeunes seront inspirés. Leur vie va changer. C’est pour eux que je suis venu des Etats-Unis ».

« Now, jump, and take the leadership »

Le show, à l’américaine, est rôdé. Thione Niang fait son entrée, introduit par Samba, ambassadeur de Passeport Avenir à Rennes. Le discours est touchant, inspirant, ambitieux. « A 7 ans, quand on me disait que les choses allaient changer, je n’y croyais pas ». Le gamin rêve des Etats-Unis, bercé par les leçons de son prof, qui lui parle de Kofi Annan, l’ancien secrétaire général des Nations Unies.

Et puis, il y a cet élément déclencheur, que Thione Niang répète à l’envi. Cette promesse, faite à sa mère qui souffre des brimades des autres épouses de son mari. Enfant, il lui dit qu’il pourra un jour subvenir à ses besoins. « Il faut honorer ses parents », insiste-t-il. Une fois aux Etats-Unis, sa première action est, « comme tous les Africains », de repérer où se situe Western Union. « C’est ça notre dilemme. Dès que tu es ici, à peine arrivé, il faut envoyer de l’argent ». Le story-telling fonctionne. « Vous êtes loin de chez vous, mais le cœur est toujours chez vous. Nous, la nouvelle génération africaine, nous avons voyagé, nous avons appris, nous avons compris. Now, jump, and take the leadership ». Pour beaucoup de personnes venues rencontrer leur idole, l’histoire fait écho à un vécu personnel.

« Si lui y est arrivé, pourquoi pas moi ?

« Je viens d’un pays pauvre, raconte Bikel, 22 ans, accompagné par Passeport Avenir. Monsieur Niang nous permet de voir qu’il y a une lumière au bout du tunnel. Je me dis que si lui y est arrivé, pourquoi pas moi ? ». Mais pour s’en sortir, prévient l’orateur, il faudra agir. Thione Niang invite les jeunes à se saisir de ce qu’il considère comme une « arme » : leur smartphone. « Avec ça, vous pouvez tout faire, tout apprendre, dit-il en levant son téléphone. Alors ne passez pas votre temps à tchatter sur les réseaux sociaux, à critiquer votre pays. Agissez ! ». Tonnerre d’applaudissements dans la salle.

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L’homme cite les grands : Kennedy, Gandhi, Martin Luther King. « Cherchez en vous the reason why you are here, conseille-t-il, debout, le doigt levé, à la manière d’un Obama en plein meeting. Quel est l’impact que vous voulez laisser derrière vous ? ». Dès son arrivée aux Etats-Unis, lui s’est tourné vers la politique. « Tu veux être Steve Jobs ? Mais ça prend du temps ! Moi, j’ai commencé en demandant à un conseiller municipal si je pouvais être volontaire ! ». Thione Niang a aussi été community organizer, un job qui consiste à mobiliser les communautés. Et qu’occupa également… Barack Obama.

« On a besoin de lui pour réveiller le potentiel de la jeunesse »

« Je crois fermement que la meilleure manière de s’enrichir, c’est de partager, écrit-il dans son livre. Partager toujours, même quand l’on pense ne plus rien avoir à donner ». A la fin de la conférence, il demande à son équipe de se lever pour les applaudir. « Il s’intéresse vraiment aux jeunes, écoute ce qu’on a à dire », confie, enthousiaste, son assistante, Fatoumata, étudiante de 19 ans à Sciences Po Paris.

Abdoulaye, président de l’association des Sénégalais de Rennes, applaudit, au premier rang : « Je le suis depuis 2009, lorsque j’étais encore étudiant. Je me disais : il doit rencontrer la jeunesse d’ici. On a besoin de quelqu’un pour réveiller ce potentiel ».

Prochaine étape pour Thione Niang : retourner sur les bancs de l’école, à Sciences Po Paris. « Quand on sent qu’on n’a plus rien à apprendre, c’est là que l’ignorance arrive », explique celui qui voit chaque difficulté comme une « opportunité », « Si vous n’avez pas de difficultés, c’est que vous n’avez encore rien entrepris ». Après la séance de dédicaces, il est temps de repartir. En Afrique, parfois, Thione Niang visite trois pays en une journée, raconte Harry, le «banquier» de son équipe. Suscitant, à chaque fois, le même enthousiasme. L’homme retourne aussi très souvent chez lui, au Sénégal. Un conseil glissé par Barack Obama lors de leur première rencontre. « N’oublie jamais d’où tu viens ».

Elodie Vialle

Mémoires d’un éternel optimiste, Thione Niang, Ed. Washington Publishing, 2015

Prochaines étapes du Tour de France de l’Affirmation de soi en mars à Lyon et Toulouse.