Cheveux rouges, yeux couleur lagon, un regard un brin rêveur. Alicia est étudiante à l’ESSEC, l’une des plus prestigieuses écoles de commerce françaises. En alternance dans un grand groupe bancaire, cette ancienne Sarcelloise mène son parcours d’excellence tout en assumant sa différence ! Récit d’une rencontre …

 

Jennifer : Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours ?

Alicia : Je viens d’un lycée qui avait l’un des pires taux de réussite du Val d’Oise. Après mon Bac S, j’ai arrêté l’école pour travailler en pensant que l’école n’était pas pour moi. Cette année a été un vrai moment d’introspection, ce qui m’a amenée à reprendre mes études en Université. Je me suis donnée à fond pour toujours faire partie des meilleurs étudiants de ma promotion. J’ai alors pu poursuivre en Master 1 Business & Management à l’Université Paris X Nanterre La Défense. C’est le seul Master 1 en anglais qui soit proposé dans ce domaine. Puis j’ai fait une formidable rencontre qui m’a poussée à intégrer Cap Essec. J’ai ensuite intégré l’Essec.

Jennifer : Qu’est-ce que c’est Cap Essec?

Alicia : Il s’agit d’un programme d’égalité des chances qui a été créé par l’Essec et qui s’adresse à des étudiants issus de milieux modestes qui veulent intégrer une école de commerce.  Le but est de faire connaître les écoles de commerce et d’accompagner les jeunes grâce à un tutorat hebdomadaire.

Jennifer : Tu as finalement intégré une école de commerce. Il existe plus d’une vingtaine d’écoles en France. Pourquoi avoir choisi l’Essec ?

Alicia : La première question c’est pourquoi une école de commerce ? Je voulais me prouver que je pouvais accéder à une formation prestigieuse. C’est ma volonté de me fixer des objectifs ambitieux et surtout les rencontres que j’ai faites qui m’ont poussée à aller plus loin, dépasser mes a priori et viser une école de commerce.

Ensuite, pourquoi l’Essec ? Pour l’ouverture d’esprit de l’école. C’est une école où l’on se sent bien et où l’on peut être soi-même. L’école nous fait confiance en nous ouvrant toutes les portes, il n’appartient qu’à nous de choisir celle qui nous correspond. De plus l’ESSEC est engagée dans l’égalité des chances depuis des années. Les valeurs de l’Essec me parlent.

Jennifer : Tu avais vraiment des a priori sur les écoles de commerce?  

Alicia : Mes parents n’ont pas fait d’études, donc je ne savais même pas ce qu’était la classe prépatoire à la sortie du lycée. Je savais juste que c’était quelque chose qui menait aux écoles de commerce. Et même si j’avais su ce qu’était vraiment une prépa, je n’y serais pas allée. Je devais travailler 25 heures par semaine en parallèle de mes études. Il était inenvisageable pour moi de faire une classe préparatoire! Plus tard, j’ai eu l’impression que seules les personnes issues de milieux aisés pouvaient y accéder. Ce n’était pas mon monde… Ce sont des rencontres avec des étudiants d’écoles qui eux aussi venaient de milieux modestes qui m’ont aidée à dépasser ces préjugés.

Jennifer : Tu es en alternance dans un grand groupe bancaire.  Comment se passe ton intégration ?

Alicia : Ça se passe plutôt bien, je prends mes marques !  Je suis assistante chef de projet en marketing stratégique et digital.

Je suis contente car j’ai vraiment choisi mon alternance.  J’ai voulu être certaine que le courant passait bien avec mon  maître d’apprentissage avant de m’engager. C’est important de bien le choisir car on partage deux ans de notre vie avec lui [Rires]. Je ne voulais pas d’une personne qui  s’attarde sur mon apparence plutôt que sur mes compétences.  Je suis une bosseuse, la seule chose que je demande c’est qu’on me reconnaisse pour ça, pas pour ma couleur de cheveux ou la marque de mes fringues.

Jennifer : Est-ce que ça a été difficile?

Après l’Essec, l’entreprise était pour moi un autre challenge. Pourtant, avec mon maître d’apprentissage, comme à l’Essec, je me sens acceptée. J’avais peur de dire d’où je viens, mais je me suis rendue compte que la différence intrigue; souvent les gens sont curieux et c’est aussi ce qui aide à dépasser les préjugés.  Il y a des gens étriqués comme partout, mais c’est souvent nous qui nous posons des barrières en nous autocensurant. La différence peut aussi être une force en entreprise.    

Jennifer : Qu’entends-tu par là ?

Alicia : Par exemple, quand tu travailles dans une banque, tu travailles pour des gens très riches. Mais tu travailles aussi pour des gens comme toi et moi.  Appartenir aux deux mondes ça aide à comprendre toutes ces réalités. Lorsque tu as l’habitude de côtoyer des milieux différents tu saisis ces enjeux plus facilement.

Jennifer : Est-ce que tu te considères comme un caméléon ?

Alicia : Oui ! C’est exactement ça ! Je sais m’adapter tout en restant moi-même. Grâce à ça je suis capable de faire preuve d’empathie envers ceux qui sont différents de moi. Je pense que chercher à comprendre les autres t’ouvre l’esprit et te fait mûrir. Je crois qu’il est important de se poser les bonnes questions avant de juger quelqu’un.  Mon père est chrétien, ma mère est musulmane, je suis blanche aux yeux bleus, mais mes deux parents sont africains. Ne pas accepter la différence ou la diversité, ce serait renier la personne que je suis.

Jennifer : Une dernière question. Tu as les cheveux rouges. Pourquoi ?

Alicia : Pourquoi cette question ? C’est une interview beauté ? [Rires] Parce que ça me va bien. Et puis, je me souviens que l’un de mes anciens boss m’avait dit qu’en entreprise les gens ne se souvenaient pas forcément de ton nom. Ils se souviennent surtout de certains traits physiques.

J’ai envie que lorsqu’on me croise, on se souvienne de moi.  Ah ouais, c’est «  la fille aux cheveux rouges » ! On vit dans une société qui nous impose de se fondre dans la masse, mais moi, je n’en ai pas envie. Je pense qu’il faut assumer sa différence… Moi, en tout cas, il n’y a que comme ça que je me sens bien !

Interview de Alicia K/BIDI réalisée par Jennifer DE SOUZA, Different Leaders

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