Résumé des jours quatre, cinq et six

Vendredi 29 août La remise en question

Lorsque nous ouvrons les yeux, nous sommes déjà à Marseille, après la longue journée de la veille, le sommeil fut réparateur. Un soleil magnifique et surtout une bonne douche nous attendent à notre descente du bus. Le cadre est idyllique, une magnifique auberge sur les hauteurs de la ville avec une vue splendide.
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La mise en énergie que nous propose Ucka est appréciée par tous et nous avons hâte de commencer la chasse aux trésors que nous ont concocté les organisateurs. En effet, nous arpenterons aujourd’hui la ville à la rencontre d’entrepreneurs sociaux qui agissent sur le terrain marseillais. Non sans retard, la chasse est ouverte dans Marseille rebaptisée pour l’occasion, la ville des solutions. Nous sommes donc répartis en groupes de cinq à six personnes et pour nous orienter nous sommes accompagnés de jeunes issus de l’école de la seconde chance. Le format est simple : on nous a attribué trois entrepreneurs sociaux qui oeuvrent à travers la ville que nous devons retrouver et avec qui nous devons échanger afin de les aider sur une de leurs problématiques. Nous arrivons rapidement chez « Les têtes de l’art » une association qui vise à fédérer les acteurs de la culture locale et qui nous fait travailler sur un problème de communication. Notre seconde visite se fait au Recyclodrome, une recyclerie marseillaise dont le concept est de récupérer les objets destinés à être jetés et à les revendre dans un magasin situé au cœur de la ville. La structure existe depuis plus de quinze ans, cependant sa pérennité est aujourd’hui en danger faute d’un business model viable et du fait de la diminution des subventions publiques. Notre troisième rencontre se fait dans l’espace de coworking La Ruche avec un entrepreneur social qui souhaite développer la pratique du café suspendu en France pour que chacun puisse acheter un café qui bénéficiera à une personne dans le besoin. Là encore, la problématique est celle du business model et du passage à l’échelle du concept pour maximiser l’impact social. Lorsque nous retrouvons l’ensemble du groupe, le constat est le même pour tous : les solutions existent mais elles peinent à se développer. Les modèles associatifs sont nombreux et ne garantissent pas la pérennité des actions. C’est d’ailleurs le message que nous restituerons lors de la soirée en public qui se tiendra au Théâtre de la Minoterie : l’impact social est l’enjeu principal des entrepreneurs sociaux.

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Cette soirée est l’occasion de découvrir de nouveaux pionniers. D’abord, Habiba Addi qui a fondé une ligne de vêtement de prêt-à-porter féminin responsable nommé Elmas et une « Web TV de la réussite ». Ensuite, nous avons la chance de découvrir Laurent Laik qui, avec son entreprise d’insertion La Varappe, casse les codes. Il affirme que l’entrepreneuriat social doit arrêter d’être le parent pauvre de l’entreprise. Il a un discours très intéressant sur la question des rémunérations dans ce milieu, qui selon lui doivent être à la hauteur des bénéfices apportés à la société. Notre dernière rencontre du jour est avec Marie Trellu-Kane qui est la co-fondatrice d’Unicité. Elle est à l’origine du service civique qui permet à de nombreux jeunes de se consacrer à des projets à vocation sociale. Nous terminons la soirée tous ensemble avec le public marseillais dans une grande émotion après le témoignage poignant des jeunes de l’école de la seconde chance. Pour eux aussi, Ticket For Change aura été une aventure formidable !

Samedi 30 août En route vers la sobriété heureuse

Au petit matin, dès 6 heures, nous embarquons dans les bus en direction de la vallée de la Drôme, dans la ferme agro-écologique fondée par Michel Valentin et Pierre Rabhi. Là nous débuterons la seconde phase de notre voyage, celle de l’introspection. Lorsque nous arrivons sur ce lieu, l’émerveillement est de mise, nous sommes loin du cadre citadin de Paris où Marseille. Pour nous rendre jusqu’à la ferme nous empruntons un petit sentier qui nous mène à un endroit magnifique. Nous sommes accueillis par les équipes des Amanins qui lors de cette matinée nous font visiter les lieux. Ils nous expliquent leur fonctionnement en autonomie, ainsi que le cheminement qui les a amenés ici.

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Nous sommes frappés par leur capacité à exprimer leurs contradictions entre leur travail reposant sur le concept de « sobriété heureuse » et leur vie personnelle dans notre société consumériste. Aucun jugement n’est porté sur la modernité et bien au contraire, celle-ci est valorisée pour ses côtés positifs. Aux Amanins, tout le monde n’est que de passage pour quelques mois ou quelques années afin de faire le point sur sa vie. A côté de la ferme, se trouve une école d’un genre nouveau qui applique une pédagogie alternative. En cette fin de matinée, nous échangeons avec Isabelle Peloux, la maitresse de l’école des Colibris qui accueille des jeunes des villes voisines. L’enseignement qui y est prodigué est fondé sur le non jugement, la tolérance et sur l’acceptation des émotions. Des notions de développement personnel que nous sommes en train d’expérimenter avec le programme Ticket For Change. Nous sommes tous conquis par ce témoignage et trouvons là une solution à bien des problèmes pédagogiques.

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Après un déjeuner local des produits de la ferme, l’un des plus grands moments du voyage va se dérouler, notre rencontre avec Pierre Rabhi. Cet homme d’origine algérienne ayant été élevé entre modernité et tradition ancestrale, entre chrétienté et islam, est le pionnier le plus attendu du tour. Après être arrivé en France lors de la guerre d’Algérie avec rien d’autre que des connaissances en philosophie, il a décidé de fuir la vie citadine expérimentant l’exode rural à l’envers. Il est aussi l’un des premiers à adopter les principes de l’agriculture biologique. Son concept de « sobriété heureuse » fait aujourd’hui des émules après sa candidature à la présidentielle de 2002. Ce philosophe et paysans nous exhorte à nous changer de l’intérieur pour permettre le changement du monde. Son témoignage nous laisse tous complétement sans voix. Mais le moment le plus fou reste à venir : son échange avec Emmanuel Faber, le dirigeant de la multinationale Danone qui a fait le déplacement pour nous rencontrer. Les deux hommes, aux antipodes à première vue, se connaissent très bien, et ils se retrouvent sur de nombreux thèmes dont notamment l’urgence d’agir.

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Après le départ de Pierre Rabhi, Emmanuel Faber, va nous offrir un moment de vérité comme nous ne l’avons rarement vécu. Installé à l’extérieur dans le cadre magnifique des Amanins, il va nous livrer son cheminement de pensée et son tiraillement entre ses aspirations sociales et les exigences du monde économique. Il nous présentera comment il a décidé d’emprunter « les chemins de traverse » pour devenir leader de l’entreprise la plus en avance sur les enjeux sociaux.

Après quelques instants pour souffler, il nous est demandé de prendre du temps en nous isolant pour retracer notre parcours de vie puis de le partager avec un des autres participants. Les échanges sont profondément sincères et l’impact sur le groupe énorme. Pour terminer la soirée, Marc de la Ménardière va nous présenter son documentaire «  En quête de sens », réaliser lors de son tour du monde à la rencontre de pionniers qui changent le monde.

Avant d’aller nous coucher, nous observons le ciel étoilé dans l’obscurité totale des Amanins, conscient que nous venons de vivre une journée extraordinaire.

Dimanche 31 août  La pause

Après l’intensité de la veille, nous nous réveillons quelque peu perdus. Aucun de nous ne se sent l’envergure d’un Pierre Rabhi ou d’un Emmanuel Faber, pourtant certains messages résonnent en nous – pour changer le monde il faut d’abord se changer de l’intérieur. C’est ce que nous sommes en train de vivre, une profonde transformation interne. Cette journée est la première où nous ne rencontrerons pas de pionniers, ce sera l’occasion de faire un bilan à mi-parcours de notre aventure.

Après la mise en énergie du jour et afin de faire le point sur notre parcours, les coachs nous proposent de nous mettre en cercle dans le cadre somptueux des Amanins. Ils nous proposent d’exprimer tour à tour nos émotions, ce que nous ressentons après ces quelques jours passés ensemble. Ce moment restera pour beaucoup l’un des plus beaux du tour, chacun s’est livré de manière totalement naturelle et l’espace d’un instant notre groupe est entré dans une phase de fusion totale. Le temps semblait s’être arrêté lors de ces deux heures d’échanges exceptionnels.

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Pour la suite de la matinée, on nous propose un atelier où nous tenterons de poser sur du papier ce que sont nos visions. Ainsi, on exposera les problèmes du monde qui nous révoltent, nos talents, nos compétences ainsi que nos valeurs. Cet exercice nous a permis d’aller au plus profond de nous-même et aucun de nous n’aurait imaginé pouvoir faire ce type de travail avant cette expérience hors du commun.

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En ce début d’après-midi, la transition est amorcée et nous avons tous envie de passer à l’action. Pour cela, un atelier « Emergence » de brainstorming doit nous aider à trouver des idées. Nous nous regroupons selon les problématiques qui nous touchent le plus pour tenter de proposer des solutions. Lors de cette séance de créativité, plus de 2 000 idées émergeront.

L’heure de la constitution des groupes a sonnée, il nous est proposé de pitcher une idée de projet qui nous tient à cœur. Pour moi, l’exercice est difficile, non pas par manque d’idée mais par la difficulté de me fixer sur l’une d’entre elles. J’hésite entre un projet sur lequel j’ai travaillé pendant plusieurs mois avec Florence, une autre participante de Ticket For Change, dans le cadre de nos études. Ce projet vise à proposer une solution de produits et services spécifiques pour les familles de bébés nés prématurés. Mes autres idées tournent autour de réflexions basées sur l’économie collaborative et l’innovation dans le monde de l’entreprise et de l’entrepreneuriat.

C’est alors qu’en discutant avec Adrien, avec qui j’avais passé la journée marseillaise et avec qui j’avais échangé à propos de mon chemin de vie la veille, nous vient l’idée de créer un incubateur d’entreprise qui hébergerait des entrepreneurs pour faciliter leur développement. Je décide donc de présenter cette idée et nous formons un groupe à trois avec Florence et Adrien.

A la fin de cette journée, nous prenons la route en direction de Lyon où nous passerons une courte nuit avant le passage à l’action.
Alexandre

EM Lyon