Rédigé par Hélène, étudiante à Polytech-UPMC et membre de la Communauté Different Leaders

Intrapreneuriat : Rencontre avec Elisabeth Eude, Directrice de la Fondation Alcatel-Lucent.

Intervenante principale : Elisabeth Eude, directrice générale de la Fondation Alcatel-Lucent. Ingénieur dans une société de services à Créteil, dans le département de R & D, elle a travaillé sur la mise au point des premiers appareils vidéo en 3D commercialisés à partir de 2001. Elle a ensuite exercé dans le support technique puis le déploiement, avant de devenir chef de produit. A son arrivée chez Alcatel-Lucent, elle a pu mettre en œuvre ses capacités à fédérer autour d’un projet et ses talents pour la communication au sein de l’équipe de stratégie du groupe, ainsi que la connaissance des différents marchés pertinents pour l’entreprise acquise au cours de son activité précédente.

Qu’est-ce que l’intrapreneuriat ?

Les objectifs personnels de l’entrepreunariat sont de développer une capacité qui nous tient à cœur tout en  élargissant nos compétences. Il faut se souvenir qu’une carrière se construit : l’intrapreneuriat n’est jamais définitivement inaccessible. Le concept d’intraprenariat par Gilles TENEAU (http://portail-des-pme.fr/formaliser-son-projet/1275-le-concept-dintrapreneuriat, consulté le 14/04/2014).

« Le concept d’intrapreneuriat débute aux Etats-Unis en 1976, où Ginford Pinchot invente le mot et en détermine les premiers contours. Depuis, il s’est structuré afin de trouver une première concrétisation en Suède au cours des années 1979-1980, avec le Foresight Group. Il faudra attendre le livre de Pinchot : Intrapreneuring en 1985 chez Harper & Row pour voir se définir la portée du concept.

Cette publication sera complétée par la parution d’un article du même auteur dans Research Management, en mars 1987. Dans ce papier l’auteur décrit plusieurs recommandations dont l’objectif est de remédier à la pénurie d’intrapreneurs dans les organisations. A la suite de ces publications et la consécration du terme dans le langage académique, The American Heritage Dictionary ajouta le terme «Intrapreneur» dans son édition de 1992.

Comment définir l’intrapreneuriat ?

« L’intrapreneur est le membre d’une grande entreprise qui, en accord avec elle et tout en restant salarié de son entreprise, possède un projet viable intéressant l’entreprise et qu’il peut réaliser en son sein. Il est celui qui transforme une idée en activité rentable au sein d’une organisation. » Advencia, avril 2008

« L’intrapreneuriat est un processus qui se produit à l’intérieur d’une firme existante, indépendamment de sa taille et qui ne mène pas seulement à de nouvelles entreprises, mais aussi à d’autres activités et orientations innovatrices, tels que le développement de nouveaux produits, services, technologies, techniques administratives, stratégies et postures compétitives. » Antonicic et Hisrich

«La mise en œuvre d’une innovation par un employé, un groupe d’employés ou tout individu travaillant sous le contrôle de l’entreprise » Carrier, 1997

« L’intrapreneuriat désigne une capacité collective et organisationnelle pour encourager et accompagner la prise d’initiatives, à tous niveaux dans une entreprise. » Thierry Picq, 2005

 Pourquoi faire de l’intrapreneuriat ?

Comme l’indique Véronique Bouchard « l’individu, le petit groupe fortement impliqué dans son projet, semble mieux « placé » que l’organisation et les processus en place pour :

  • détecter des opportunités d’affaires dans l’environnement immédiat ;
  • constituer et activer des réseaux ad hoc en interne et en externe permettant de mobiliser les ressources requises ;
  • prendre des raccourcis, faire évoluer rapidement le projet, et tenir les délais ;
  • faire preuve de ténacité pour surmonter les obstacles et s’engager sans compter. »

L’entreprise pourra devenir, au travers de ses intrapreneurs, plus créative, plus agile et plus efficace dans l’utilisation de ses ressources. A ces attentes génériques s’ajoutent des objectifs plus concrets.

Ainsi, les intrapreneuriaux contribuent à :

  • Encourager de nouveaux comportements et attitudes et, à terme, contribuer à faire évoluer la culture d’entreprise.
  • Générer de nouveaux revenus grâce au développement de nouveaux marchés, produits, activités.
  • Réduire les coûts en améliorant les pratiques, les processus internes et l’organisation.

Quel est le profil de l’intrapreneur ?

La spécification du profil de l’intrapreneur s’appuie sur une double différenciation :
Il se différencie à la fois de l’entrepreneur et du manager, dont il réunit plusieurs traits. Pour les entreprises qui désirent apposer la dynamique entrepreneuriale au sein de leurs structures, elles doivent envisager les difficultés qu’elles seront amenées à rencontrer.

Principalement les différences majeures entre le manager et l’entrepreneur. L’intrapreneur se différencie du manager par l’orientation de ses modes de fonctionnement en manifestant un mouvement de recul afin de se rendre plus autonome, d’augmenter son degré d’initiative et de fortes implications personnelles dans la mise en œuvre de son projet, pour une meilleure gestion de la tâche d’intrapreneur qu’il s’est donnée.

L’intrapreneur se distingue également du Manager qui se définit au travers d’un certain nombre de fonctions édictée par Fayol, telles que prévoir, organiser, budgéter, coordonner et contrôler. Ainsi la fonction managériale renvoie à la gestion d’un temps récurrent alors que l’intrapreneuriat est, quant à lui, relié à l’invention de nouvelles combinaisons de ressources et donc à l’avènement d’une rupture. Le manager est dans un mode réactif et l’intrapreneuriat dans un mode proactif. Plus généralement, l’intrapreneur se différencie du manager par l’orientation de ses modes de fonctionnement. Il s’affranchit de la tutelle excessive des objectifs qu’on lui assigne alors que dans le même temps il s’implique fortement dans la mise en œuvre de son projet.

  • L’intrapreneur définit un besoin de recrutement en fonction des objectifs stratégiques de l’entreprise et des besoins en compétences.
  • Il planifie les ressources humaines en fonction des besoins à court, et moyen terme de l’entreprise.
  • Il détecte des perspectives de développement pour l’entreprise en fonction des compétences de chacun de ses salariés.

L’intrapreneuriat, outil de gestion des ressources humaines

Aujourd’hui, il faut mobiliser les équipes pour exploiter les opportunités et maîtriser les risques qui leur sont associés. Recherche de flexibilité, utilisation plus efficace des ressources, réduction des cycles de développement et de mise sur le marché des produits, intensification et universalisation de l’innovation, responsabilisation des employés. L’intrapreneuriat se présente comme un outil de dynamisation de la gestion des ressources humaines.

Dans le cadre de la mise en place d’une dynamique intrapreneuriale, les performances attendues portent sur :

  • La capacité des acteurs à agir dans un contexte d’incertitude.
  • Entrer dans des cycles d’apprentissage.
  • Envisager des alternatives d’action innovantes.

Il remet en cause le mode de recrutement traditionnel et permet de déléguer certaines décisions stratégiques d’innovation. Le rôle des managers opérationnels consiste de plus en plus à impulser le changement en identifiant des opportunités technologiques et commerciales, les dirigeants se concentrant sur les réflexions relatives à la mission de l’entreprise.

La problématique de l’intéressement des intrapreneurs à la réussite de leur initiative constitue un réel écueil :

  • Comment payer les créateurs, en cash, en stock-options, en intra capital ?
  • Comment ne pas déséquilibrer les systèmes déjà existants ?
  • Comment ne pas susciter la jalousie des managers traditionnels performants ?

Quel que soit le système retenu, il importe d’établir une juste récompense des efforts entrepris par les intrapreneurs. Dans un certain nombre de grandes entreprises, des expériences concluantes ont été conduites, donnant aux cadres la possibilité de prendre des participations dans des « start-up internes ». La posture d’actionnaire, voire de capital-risqueur, permet à chacun de se familiariser avec l’univers entrepreneurial et d’ouvrir l’éventail de ses perspectives.

Il faut, selon Olivier Basso, inscrire les actions de changement au cœur des dispositifs de formation et repenser la gestion de carrière des profils intrapreneuriaux. Le DRH devra ainsi agir de plus en plus afin d’assurer la gestion des énergies et éviter le « burn-out ». Sa tâche est d’organiser une rotation des individus à fort potentiel et leur permettre une réelle progression au sein de l’entreprise.

Conclusion

L’intrapreneur manage des structures émergentes au sein d’une entreprise, accompagne une restructuration, met en place un système qualité, favorise la créativité et l’innovation. Il travaille à l’élaboration et à la mise en œuvre de projets, au développement d’une démarche qualité, à la réalisation de projets d’innovation, à la mise en place d’une entité. »

Alcatel-Lucent a mis en place une organisation qui permet d’encourager l’entreprenariat en son sein, le Défi Entreprendre. Extrait du rapport de développement durable 2011 d’Alcatel-Lucent p. 43 : “Le programme Défi ENTREPRENDRE des Bell Labs permet à tous les salariés du Groupe de soumettre leurs idées de nouveaux produits ou services, et de proposer des améliorations pour les produits, services et processus existants. Les propositions sont examinées par un panel d’experts internes ou externes à l’entreprise. Des équipes sont constituées pour étudier les idées les plus prometteuses et sont épaulées par des experts pour élaborer des plans de développement présentés ensuite à un panel pluridisciplinaire. Ce panel détermine si les propositions méritent un plan produit ou un financement pour poursuivre le projet. Ce programme représente une source potentielle de revenus, mais il est également une remarquable occasion d’apprendre pour les salariés, qui vivent une expérience très enrichissante. En 2011, le concept était axé sur l’innovation sociale qui permet de concilier la responsabilité sociale et les objectifs économiques de l’entreprise.”

Ce programme consiste en un appel à projet, une formation à la constitution d’un business plan (clientèle, budget, bénéfices attendus …).

Fixer les objectifs d’une action d’intraprenariat suppose de savoir différencier, parmi les pratiques et états de fait qui nous choquent ou nous gênent, ceux qui sont hors de notre cercle d’influence de ceux sur lesquels nous pouvons agir à notre niveau.

Par exemple, face au problème des ingénieurs qui veulent devenir mères, le temps partiel n’apparaît pas forcément comme une bonne solution, car les leaders sont perçus comme capables de tout faire en même temps et dotés d’un caractère autoritaire et peu collaboratif. Trois attitudes sont possibles :

  • Se résigner à l’impuissance ;
  • Envisager de mener une action pour son propre cas ;
  • Considérer que cette situation en général est inacceptable et qu’on va y mettre fin.

En fait, la démarche n’est pas un choix entre ces trois possibilités, mais une progression : s’efforcer de régler son propre problème, provoquer une prise de conscience en petit groupe, puis, si le mouvement prend de l’ampleur, proposer une initiative pour son entreprise.

Dans le contexte d’Alcatel-Lucent, qui compte 21% de femmes parmi ses salariés, Elisabeth Eude a souffert d’un certain isolement, et de la crainte que son activité ne lui soit préjudiciable auprès de sa hiérarchie.  La démarche générale est la suivante :

  • Se faire connaître, puis gagner des sponsors (c’est-à-dire des personnes d’un niveau hiérarchique suffisant pour appuyer le projet) ;
  • Prouver que l’initiative qu’on défend a de la valeur pour l’entreprise, afin de mobiliser des soutiens et des budgets ;
  • Promouvoir le projet sur le réseau social interne, communication sur le projet et création de réseaux locaux.

StrongHer regroupe ainsi 17 groupes locaux dans 50 pays, pour un total de 950 membres.

En conclusion, les bonnes pratiques de l’intrapreneur sont les suivantes :

  • Être prêt à s’investir ;
  • Commencer petit, mais pas trop ;
  • Savoir communiquer la vision de son projet et faire connaître la mise en action des autres ;
  • Trouver des sponsors ;
  • Rêver grand ;
  • Construire des rôle models, car ce sont des leviers puissants.