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Egalité des chances

“Je suis un pur produit de l’égalité des chances” / Rencontre avec David Layani, fondateur de OnePoint

23rd octobre 2017

Nouvelle rencontre inspirante pour les Different Leaders. Nous sommes accueillis au sein du cabinet OnePoint, rue des Sablons à Paris, pour une visite des locaux, disposés sur trois niveaux hauts de plafond (surtout la terrasse en toiture), parsemés d’espaces d’expression. L’entreprise possède même un petit Fablab.

David Layani – deuxième à droite sur la photo – nous reçoit en compagnie de son directeur adjoint, Matthieu Fouquet. « Je suis un pur produit de l’égalité des chances », résume-t-il d’entrée. « J’ai grandi dans un climat où il y avait beaucoup d’amour, et aussi une certaine insécurité. » Originaires de Marseille, ses parents viennent s’installer à Saint-Denis où il travaille dès l’âge de 13 ans. Il a du mal à trouver sa place dans le cadre scolaire. À 19 ans, il parvient à se faire embaucher par une grande entreprise américaine spécialisée dans le stockage de données, dans laquelle il se familiarise avec le monde de l’informatique d’entreprise. En 2002, à l’âge de 22 ans, David fonde OnePoint, startup dédiée à la transition numérique au sein des entreprises, aujourd’hui une ETI de 1 850 salariés, présente dans sept pays où elle réalise un chiffre d’affaires de 180 millions d’euros. Tout en travaillant pour de grandes organisations telles que la Société Générale et le Ministère de la Justice, OnePoint s’inscrit dans un réseau de PME et de startups et met en œuvre des pratiques de management pour le moins peu courantes, celles de l’ « entreprise libérée » : elle ne compte que trois niveaux hiérarchiques, et toutes les personnes qui y sont embauchées sont reçues par David Layani en personne – il est même fréquent, témoigne Soumeya Hartani, membre des Different Leaders qui y travaille, qu’il soit le premier et unique interlocuteur. L’engagement managérial est d’armer chaque salarié pour son avenir et celui de l’entreprise, et de faire en sortie qu’il prenne du plaisir à son travail. « Play hard and have fun », telle est la devise affichée. La structure de l’ESN (entreprise des services du numérique) est aussi très innovante : l’organisation en communautés aux intersections multiples (métiers, régions, services, supports), la responsabilisation individuelle et des feedbacks continus de la comptabilité et des finances permettent des prises de décision rapides, fondées sur des informations fiables et à jour, selon un modèle bottom-up plutôt que top-down.

Cette réussite naît de la rencontre entre les valeurs personnelles de David, issues de son héritage familial et d’une jeunesse pas toujours facile, et d’une société française qui « aime bien voir naître des startups, mais n’aime pas les voir grossir », et tient la réussite pour suspecte tout en condamnant l’échec. Il fallait d’abord clarifier ce que signifiait devenir entrepreneur : était-ce l’accomplissement d’un exploit héroïque ? Une volonté de s’enrichir ? Une quête d’épanouissement personnel ? « D’abord j’ai fait, puis j’ai déployé à grande échelle. J’ai suivi mon instinct, puis j’ai réélaboré pour transmettre. » Le défi était non seulement dans la prise de responsabilité et la gestion financière – les moments critiques comme en 2007-2008, quand, après le rachat de BTW Computing, l’entreprise ne faisait plus de bénéfices et avait 150 salariés supplémentaires – mais aussi dans le modèle de croissance : comment assumer un leadership qui permette de casser les codes ? Comment faire ses preuves pour grandir par une influence autre que celle de la politique, qui lui fait défaut ? La stratégie est de privilégier les investisseurs à court terme sur les investisseurs familiaux, afin de garder le contrôle sur l’investissement à long terme, ce qui suppose d’être très réactif sur des marchés très volatils, tout en pratiquant une gestion financière rigoureuse pour faire des levées de fonds avec de nouveaux outils.

Il semble bien que c’est en faisant de valeurs à contre-courant – la générosité, le partage, le bien-être des salariés et l’indépendance vis-à-vis du pouvoir financier et politique – un engagement différenciant dans un marché très concurrentiel, que OnePoint a réussi à attirer et fédérer les meilleurs talents, et non plus simplement les compétences. Il n’est donc pas impossible d’atteindre la performance économique tout en faisant vivre ses valeurs.

Hélène Millot, Different Leader