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Evénement

“Ma condamnation à mort m’aura finalement sauvé”

28th mars 2017

Lundi 6 mars, dans une atmosphère plutôt cosy et rassemblés au café Cozette, c’est l’occasion pour les Different Leaders de rencontrer Youssef, jeune réfugié syrien au destin hors du commun qui décide pour la première fois de partager son histoire. C’est Soumeya Hartani, membre de la communauté des Different Leaders, qui est à l’initiative de cette rencontre pour le moins inhabituelle. L’émotion qui se dégage de cette rencontre réussit à faire tomber les barrières. On se sourit, on se parle avec les mains, on mime des scènes et c’est Yassine Ghandi, consultant en ressources humaines, interprète et ami de Youssef qui s’est chargé de rendre notre échange passionnant.

Dès le début le ton est donné car Youssef n’a pas choisi de quitter son pays empêtré dans la guerre civile mais il y a été contraint pour se sauver. Issu d’une famille plutôt aisée, il obtient son baccalauréat en 2014. Son avenir semble être prometteur et tout tracé. Il s’apprête d’ailleurs à commencer des études en psychologie lorsque sa vie bascule alors qu’il s’apprêtait à s’inscrire à l’Université.

Menotté et capturé arbitrairement par la Sécurité Militaire, c’est le point de départ de sa longue descente aux enfers et le jour où il voit son rêve s’envoler. Coupé du monde, il est envoyé à la prison de Homs,  où il est torturé par les autorités. Il nous décrit son calvaire au bloc 235, réputé pour être une zone de non droits. Six mois plus tard, il découvre la misère de la branche Rouge de Saydanya où les moyens de répressions sont abominables et où les conditions de vie sont réduites à l’état animal. Il nous confie qu’à la suite de cela sa perte de poids est vertigineuse et que « les séquelles psychologiques sont plus profondes encore que les cicatrices physiques ».

Youssef sourit toujours mais dans ses yeux bruns se mêlent à la fois la détresse pour son frère à ce jour, porté disparu et le soulagement d’être un rescapé. Au royaume des bourreaux, la compassion n’a pas sa place mais Youssef explique en toute humilité que sa douleur était « simple » comparée au désarroi des autres.

Aussi inattendu que cela puisse paraître, c’est sa condamnation à la pendaison qui le sauve. Pour survivre, il décide de prendre la route de l’exil, vers la Turquie où il reste 6 mois et épuise ses dernières énergies. Usé, il décide de tenter sa chance auprès des passeurs pour atteindre la Grèce. La quatrième tentative fut la bonne et le zodiaque dans lequel il se retrouve, entassé parmi 68 autres réfugiés, parvient à atteindre les lumières de la ville de Lesbos. Pour la première fois du périple, l’espoir anime Youssef lorsqu’il atteint les grands camps de réfugiés à Moria, en Grèce. Libre de se mouvoir dans le pays, il vagabonde à Mytilène où, un soir près du port, il fait la rencontre de Yassine avec qui il se lie rapidement d’amitié.  Il finit par atteindre les camps lituaniens où il s’inscrit dans des listes pour obtenir le statut de réfugié. Les démarches administratives prennent le pas sur le reste. C’est seul, qu’il atterrit en France à Lille en juin 2016 et qu’il s’installe dans un foyer à Beauvais. Depuis juillet 2016, c’est la renaissance, Youssef apprécie l’hospitalité d’une jeune femme qui l’aide à se remettre sur pied, il apprends le français et travaille dans un kebab pour subvenir à ses besoins et ceux de sa famille restée à Hamas en Syrie. Ici au moins « je me sens respecté en tant qu’être humain » dit-il.

Sourires crispés, visages sérieux et graves face à la dureté de cette triste réalité, les Different Leaders s’interrogent quant à son futur. Désabusé, le jeune homme répond : « J’ai arrêté de réfléchir et de penser à mon avenir, pour l’instant je me contente juste de vivre. Mais je garde en moi, un espoir, celui de reprendre mes études un jour ».

Plongés directement au cœur de cette problématique humanitaire et géopolitique, les 20 Different Leaders présents ont pu partager et exprimer leur empathie lors de cette rencontre forte en émotion.  Au-delà du filtre, que les médias véhiculent, l’histoire de Youssef est une véritable leçon de vie et constitue une prise de conscience  pour tous. Derrière ce témoignage poignant, nous pouvons admettre que les inégalités des chances sont omnipotentes, elles sont polymorphes et non bornées. Le manque de sécurité demeure une des premières inégalités, elle gâche le quotidien de certains mais il convient de toute évidence de se battre pour un avenir plus prospère.

 

Houda Hamrouni, Different Leader