Les Different Leaders poursuivent leur Tour de France de l’Affirmation de Soi, à la rencontre de jeunes et de personnalités inspirantes, qui construisent la France de demain. Petite séance de rattrapage si vous avez raté notre étape lyonnaise.

DSC_1026 DSC_1027
Jennifer & Amadou, Different Leaders, deux des organisateurs de cet événement.

Jennifer et Amadou montent sur scène, micro et fiches à la main, à la manière des présentateurs télé. Face à eux, plus d’une cinquantaine de personnes venues écouter, dans les locaux d’Orange à Lyon, des figures du monde associatif et enseignant, des cadres du monde de l’entreprise. Le thème du jour ? L’ « affirmation de soi ».

« L’affirmation de soi, c’est pouvoir choisir », annonce d’emblée Jihade Belamri, fondateur d’un bureau d’études et d’ingénierie industrielle. Ce chef d’entreprise rhône-alpin, proche de Jacques Attali, a choisi de mettre sa réussite au profit des jeunes, à travers de multiples engagements associatifs, comme le club Convergences, destiné à faire émerger une élite issue de l’immigration et des quartiers, ou le programme « Entreprendre en banlieue », qu’il a développé pour l’ONG Positive Planet. Sur son costume, un écusson rouge, qui rappelle le parcours de ce fils d’ouvrier de Vaulx-en-Velin, dans la banlieue lyonnaise, décoré chevalier de l’ordre national de la légion d’honneur.

DSC_1052 DSC_1133
Jihade Belamri

« Prendre en compte la singularité de chacun »

Comment s’affirmer dans le monde de l’entreprise ? « En prenant en compte la singularité de chacun », avance Marie-Pierre Vidal, cadre chez Orange et correspondante sur les questions de diversité. Premier obstacle identifié : les recrutements se font souvent par réseau. Et les recruteurs peuvent être tentés, consciemment ou non, de sélectionner des personnes qui leur ressemblent.

DSC_1143   DSC_1223
De gauche à droite: Jihade Belamri, Toumi Djaidja, Marie-Pierre Vidal

Amadou questionne les intervenants : « Comment sortir de la diversité cosmétique ? »  « Comment faire pour que la société et l’entreprise prennent vraiment en compte les questions de diversité ? », renchérit Jennifer. Faut-il, par exemple, changer de nom, interroge une jeune fille dans la salle. « Je m’appelle Jihade Belamri et je me suis toujours appelé Jihade Belamri sur mes cartes de visite ! », répond l’entrepreneur, sur un ton à la fois amusé et déterminé.

Toumi Djaidja, initiateur de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983, rebaptisée « Marche des beurs » par les médias, répète à présent à l’envi son message dans les conférences et les établissements scolaires: « quand bien même on est différent, on peut se ressembler. Se rassembler pour avancer. » Les entreprises et les sociétés humaines, dit-il, se construisent tous les jours. « Il ne tient qu’à nous de les faire avancer.»  Emotion, applaudissements dans la salle.

Une « évidence » à déconstruire : le leader ne peut être qu’un homme

Deuxième table-ronde, deuxième question sur la diversité en entreprise, sur la question du genre, cette fois-ci. Agathe Potel, enseignante à l’EM Lyon, prend un malin plaisir à déconstruire les préjugés liés aux femmes. « Selon beaucoup de théories implicites, elles seraient plus émotives, plus compatissantes, bienveillantes. Mais les études prouvent qu’il n’y a pas de stabilité émotionnelle liée au genre ! »

DSC_1183 DSC_1135
Agathe Potel &  Evelyne Domergue

Le souci, rappelle l’enseignante, c’est que les « qualités » attribuées aux femmes – comme la douceur – ne correspondent pas à celles que l’on attend d’un « bon leader », comme l’autorité. Arrive alors une « évidence » : le leader ne peut être qu’un homme ! « En réalité, il faut changer notre vision du leadership », martèle l’enseignante. La jouer solidaire. Croire au « Nous », pas « au Je ».

Jouer sur l’humour pour contrer les préjugés

« Ce type de conseil, ça donne de l’espoir », sourit Lindsay, 22 ans, tutorée Cap Essec, en partenariat avec Passeport Avenir. « Quand on est jeune, soit on nous dit qu’on s’efface trop, soit qu’il ne faut pas trop s’affirmer. Que faire ? » Jouer sur l’humour, avance Evelyne Domergue. Cette chef du bureau d’études chez Volvo confie : « Les femmes qui m’inspirent sont celles qui ne soucient pas du qu’en dira-t-on. »
Après les tables rondes, les jeunes s’approchent des intervenants, échangent. « J’ai bien aimé les discussions autour de l’estime de soi. Je suis en école de management, et on en parle peu, glisse David, 24 ans. Moi, je voulais faire du droit, parce que c’était bien, je me disais que ça allait me permettre de sortir de la misère. Mais ce qui m’anime, c’est de créer ma boîte. Alors j’ai changé de voie. »

DSC_1250 DSC_1221
Photo de gauche: Lindsay et photo de droite: David

Jihade Belamri, l’entrepreneur qui a gravi l’échelle sociale avant d’aider à son tour des jeunes, salue l’action des jeunes comme Jennifer et Amadou.
« Vous, vous essayez d’aider les autres avant même d’avoir réussi. »
C’est ça aussi, être un leader différent.

Texte Elodie Vialle & photo Yanis Ourabah.

Retrouvez notre ITW de Toumi Djaidja

Suivez la prochaine étape du Tour de France de l’Affirmation de Soi à Toulouse le 29 mars 2016