Lorsque j’ai appris que j’étais sélectionnée pour le programme We Made It j’étais réellement heureuse. J’avais hâte de découvrir la Chine, ce pays que je ne connaissais qu’à travers les médias mais j’avais aussi peur. J’appréhendais mon arrivée là-bas, car justement, souvent les médias dressent un portrait peu élogieux de la Chine. Je redoutais qu’on me rejette parce que je venais de France, que les Chinois se montrent fermés d’esprit ou plus bêtement qu’on me force à manger des plats peu ragoutants. En définitive j’avais peur que cette culture que je ne connaissais pas ne soit pas compatible avec la mienne. Et pourtant il n’en fut rien.

Je me rappelle encore lorsque je suis descendue de l’avion et que j’ai traversé l’aéroport pour me retrouver sur les routes shanghaiennes. J’ai été tout de suite frappée par la modernité des lieux. Et je me suis dit «  La Chine n’a vraiment rien à envier à la France ».

C’est vrai, les chinois ont leur propre histoire, leur propre culture mais Shanghai rayonne par son multiculturalisme architectural. Il n’y a qu’à voir les gratte-ciel, les starbucks, les boutiques de luxe et les fast-food au milieu des petits restaurants locaux, des buibuis et marchés bruyants. Et dire qu’il y a vingt ans, seule la Perle d’Orient surplombait le paysage shanghaien !

Je n’ai ressenti une réelle différence culturelle qu’en côtoyant ma famille chinoise. J’ai été étonnée de constater que les chinois prenaient de la soupe et des mets salés dès le matin. Moi qui suis une «  sugar addict », il faut dire que j’ai été sevrée pendant une semaine.

De plus j’ai dû oublier mon menu «  entrée-plat-dessert ». Les chinois aiment picorer, manger un peu de tout. Et il n’est pas rare d’avoir six à sept plats différents.

J’ai aussi testé le coca-cola tiède, et l’eau chaude lors des repas. Car un chinois vous dira que boire trop frais est mauvais pour la santé.

J’ai eu du mal à m’habituer aux habitudes alimentaires de mes amis chinois et  pourtant il me faut admettre que je ne me suis jamais sentie aussi bien physiquement qu’à Shanghai. La nourriture  chinoise est riche et très équilibrée. Elle vous remet d’aplomb et vous permet d’attaquer les journées les plus éprouvantes.

Outre le coté culinaire, je n’ai que peu ressenti nos différences culturelles et ce parce qu’elles se cachent dans des subtilités, que nous occidentaux avons du mal à saisir.

A titre d’exemple lorsqu’un chinois vous propose quelque chose et que vous répondez non, cela ne l’empêchera pas d’insister pendant de longues minutes. Et lorsque vous proposez quelque chose à un chinois, il ne dira jamais oui tout de suite, même s’il le veut. Les chinois s’expriment dans les non-dits et pourtant ce sont de vrais romantiques. Il n’y a qu’à voir le nombre de chansons d’amour et de soaps chinois à la télévision.

Je n’ai jamais rencontré un peuple si accueillant et attentionné.  Peut-être ai-je eu la chance de tomber sur une famille, des guides, des collaborateurs à l’écoute et que mon témoignage en est fatalement biaisé… Mais qu’importe. Je me rappelle encore lorsque je m’étais perdue dans les locaux de SBELL et qu’une femme de ménage, un grand sourire aux lèvres, ne parlant pas un mot d’anglais, me voyant errer, s’est approchée de moi et m’a guidée jusqu’à mes camarades. Elle avait dû me voir au loin…

Je me rappelle aussi lorsque mon papa chinois a accepté de m’emmener dans une boutique à des kilomètres de chez lui, la nuit tombée, sous la pluie, juste pour me faire plaisir.

Plus que le sens de l’hospitalité les chinois ont, je pense, en eux une profonde gentillesse. Lorsque nous étions dans la rue, il n’était pas rare de nous faire prendre en photo car nous étions différents, mais il n’y avait jamais d’agressivité à notre égard. De l’intérêt, de la curiosité, de l’amusement certes, face à cette différence, à nos différences mais jamais de la haine, du mépris ou du rejet. J’ai été frappée par la bonté de nos hôtes et l’ouverture du peuple chinois sur l’Autre. Cette ouverture est particulièrement vraie en ce qui concerne la jeunesse shanghaienne. Nous avons eu la chance de discuter avec des étudiants de l’université de Fudan. Ces derniers en plus d’être des élèves brillants, loin d’être en autarcie, ont une vision très fine du monde d’aujourd’hui.

C’est vrai, j’ai aimé partager avec ce peuple, découvrir sa complexité culturelle et il m’a été difficile de prendre l’avion de retour. Cette semaine a été un révélateur   Je compte retourner en Chine, pour les vacances peut-être mais pas seulement. J’ai eu la chance de discuter avec les membres de ma famille chinoise de mes projets, de mon avenir. Et il existe en Chine des opportunités pour les étrangers. Pour les voir, il ne  faut qu’une chose ;  retirer ses œillères.