Idriss Laouali Abdou est entrepreneur social multi-récompensé qui travaille au service de projets en lien avec l’éducation et l’orientation. Ingénieur logiciel diplômé de l’INSA Toulouse et membre du collectif Different Leaders depuis 2014, il nous explique son engagement, mais aussi comment nous pouvons tous et toutes agir à notre échelle pour aider les plus jeunes à faire des choix éclairés pour leur orientation.

Salut Idriss, en quoi consiste ton engagement en faveur de l’orientation? 

Durant mon parcours scolaire, j’ai rencontré des difficultés à m’orienter et j’aspire à rompre le cercle vicieux de la “désorientation” avec un objectif en tête : permettre à ce que plus de jeunes puissent avoir les ressources nécessaires pour déterminer leurs choix d’avenir. Beaucoup de jeunes ont du mal à se projeter dans certains métiers ou filières parce qu’ils et elles ne savent pas ce qui les attend. Rencontrer les bonnes personnes au bon moment durant mon parcours m’a permis d’entreprendre et de capitaliser sur ce que j’ai pu observer… C’est pour cette raison que j’ai lancé Karatou Post Bac. C’est une solution imaginée à partir de mon propre vécu.

Peux-tu nous parler de ton parcours scolaire ?

Pour revenir brièvement sur mon parcours personnel, j’ai fait ma scolarité primaire et secondaire à Niamey au Niger. J’avais une certaine appétence pour le numérique dès le lycée. Je me souviens que c’était compliqué pour nous en tant que lycéen car la connexion internet ne dépassait pas 56kb par seconde à l’époque. J’ai commencé à demander des conseils par rapport à mes choix d’orientation juste après le bac, ça peut paraître étonnant car en France on se prépare à ces questions dès le collège.  C’est grâce à mon père que j’ai pu m’orienter vers l’informatique car j’étais aussi intéressé par la comptabilité. Ca a été en quelque sorte mon “conseiller d’orientation “ que je n’ai pas pu avoir pendant mes études secondaires.

Qu’est-ce qui t’a amené à t’engager sur le sujet de l’égalité des chances ? 

Pendant mes études en école d’ingénieur, j’ai eu la chance de découvrir l’association Article 1 qui se nommait à l’époque Passeport Avenir. J’ai été mentoré dans le cadre du programme Ambassadeurs “Passeport Avenir” et j’avais déjà à l’époque une réelle passion pour l’éducation. Ce que faisait l’association était à mes yeux quelque chose de formidable car au Niger il n’existe pas d’écosystème d’aide à l’orientation pour les jeunes qu’ils soient lycéens ou étudiants. Mon objectif était de comprendre comment tout cela fonctionnait parce que je pensais déjà à l’époque, à réinvestir toutes ces idées dans un projet à impact. J’ai aussi pu faire de l’intrapreneuriat au sein d’une entreprise pour laquelle je travaillais tout en étant mentor pour des jeunes de l’association Article 1. C’était en quelque sorte pour moi l’occasion de rendre la pareille en permettant à des jeunes d’avoir plus de visibilité sur leur projet d’avenir. Cela a permis de booster mes engagements en organisant par exemple des visites d’entreprises pour les lycéens issus des quartiers prioritaires de la ville. Désormais, je représente l’association dans des salons et recrute de nouveaux mentors. Toutes ces expériences m’ont aidé à développer des solutions en faveur de l’éducation en Afrique. Etudier dans trois pays différents m’a permis de capitaliser et de développer mon propre projet éducatif. J’ai d’ailleurs été nommé comme président de la Commission pour l’éducation par la municipalité de Toulouse.

En quoi consiste l’application Karatou Post Bac ?

Elle permet aux jeunes de s’orienter à partir de leur téléphone. Je me suis rendu compte qu’il y avait un énorme manque d’information sur les possibilités d’études et l’existence de bourses pour les jeunes qui souhaitent s’orienter après leur bac au Niger. J’ai donc décidé de répertorier sur une seule application toutes les opportunités que je connaissais pour étudier, ou pour partir étudier à l’étrange par exemple pour permettre  aux jeunes de lever les barrières d’auto-censure. Depuis 2019, plus de 3 000 comptes ont été créés sur l’application qui a été par ailleurs reconnue parmi les 40 meilleures innovations dans l’éducation en Afrique par l’Union africaine. Pendant les premiers mois de la crise sanitaire, j’ai pu aussi lancer la plateforme “E-Karatou Learning” pour que les étudiants nigériens puissent suivre des cours à distance.

Comment t’organises-tu pour faire en sorte que tes engagements soient pérennes et réalisables ?

C’est très simple: je définis des actions en fonction des ressources qui sont à ma disposition. La constance et la faisabilité sont essentielles: une petite action peut tout changer.  Régulièrement, j’invite mes amis ainsi que des personnes rencontrées dans le cadre professionnel à publier leur profil sur l’application. Cela permet aux jeunes de se projeter pour leurs études et de se référer à des personnes ayant déjà une expérience. En ce moment, je lance une série de vidéos sur la chaîne Youtube “Karatou Post Bac” qui consiste à inviter des anciens étudiants, aujourd’hui jeunes professionnels, à venir partager leur expérience et leurs conseils afin de donner des clés de réussite aux plus jeunes.

Quel conseil donnerais-tu à ceux qui voudraient apporter leur pierre à l’édifice ? 

Aider les plus jeunes à ne pas se faire désorienter est plus que jamais important, étant donné qu’ils ne peuvent plus se déplacer pour aller rencontrer des personnes pendant les salons et les journées portes ouvertes. Pour celles et ceux qui souhaitent s’engager à leur tour,  je recommanderais d’agir en premier lieu dans son environnement proche. Il n’y a pas de “solution miracle” pour agir, mais en tant que “premier concernés”, nous sommes à même de trouver des solutions qu’on aurait aimé avoir étant plus jeune. Ça peut être de mentorer un étudiant, témoigner sur son parcours pendant un événement, partager sur les réseaux sociaux des offres d’emploi ou de stage, écrire un article pour donner des conseils pratiques… Les opportunités mentorat, ou de témoignage (notamment sur Karatou Post Bac ou Inspire d’Article 1 pour la France) existent, il n’y a pas besoin de réinventer la roue. Même simplement utiliser la Journée Mondiale de l’Égalité des Chances pour lancer une campagne de sensibilisation est utile. Nous pouvons faire quelque chose d’utile de notre propre expérience. L’essentiel c’est de la conscientiser, et de rester attentif aux opportunités autour de nous qui nous permettent de commencer !